Bleu Dilemme
Installation.

Galerie Stargazer, Genève. 2009

L'installation Bleu Dilemme, imaginée pour un abri anti-atomique, prend appui sur les fonctions supposées du lieu. Il y est question de menace radioactive, de recours face au danger et pose implicitement la question : De quoi l'art est-il l'antidote ?

Les locaux de la galerie Stargazer sont situés en sous-sol d'un immeuble et l'espace d'exposition est un abri anti-atomique. Ces abris font partie du folklore suisse : depuis le début de la guerre froide et jusqu'à très récemment, chaque habitation devait en posséder un. Sur l'ensemble de la confédération, le taux de disponibilité est de 120 % de la population. En comparaison, la France ne pourrait héberger que 3% de sa population en cas de catastrophe nucléaire.
Un abri doit toujours comporter des réserves d'eau potables, de la nourriture en conserve, des systèmes d'aération, de douche, d'éclairage et une trousse de premier secours avec des traitements anti-radiations comme l'iode, le DTPA et le Bleu de Prusse.
Ce dernier élément permet de limiter les effets radioactifs du Césium et du Thalium. Il est conditionné sous forme de gélules et commercialisé par un laboratoire allemand sous la marque Radiogardase.
Outre cette utilisation pharmacologique, le Bleu de Prusse fut d'abord un pigment, le premier pigment synthétique, inventé par accident au début du 18ème siècle. Mais c'est aussi le résultat chimique du cyanotype, procédé de développement photographique produisant des images bleues. Une solution de ferricyanure de potassium et de citrate de fer ammoniacal est appliqué sur le papier, qui vire au bleu après exposition aux ultraviolet. Ce procédé fut très utilisé pour la reproduction de documents techniques, plans d'architectures, et le premier livre illustré par des photographies, un ouvrage botanique de Anna Hatkins sur les algues (1841), le fut par ce procédé.
L'installation Bleu Dilemme fait le parallèle entre les deux applications du Bleu de Prusse, image et antidote, en résonance à la donnée fondamentale de l'exposition : de l'art dans un abri anti-atomique. Le résultat est la trace d'une chaîne de production de Bleu de Prusse à l'intérieur même de l'abri :

Elément 1 : Deux flacons de ferrycyanure de potassium et de citrate de fer ammoniacal nécessaires à la sensibilisation du papier
Elément 2 : Une table d'insolation intégrée dans une ouverture par laquelle entre la lumière du jour. A cet endroit ont été insolée 30 feuilles de papier enduites de l'élément 1. Ici réside le dilemme du titre : créer l'antidote en s'exposant à l'extérieur, donc potentiellement au danger.
Elément 3 : Un échantillon du résultat. La partie du papier la plus haute recevant plus de lumière, un dégradé de bleu se dessine, évoquant un ciel. Tous les tirages sont différents, selon la lumière, le temps de pose, la qualité d'enduction et les éléments qui ont put se déposer sur le papier (feuilles, poussières)
Elément 4 : Un casier contenant 30 tirages numérotés, étiquetés et stockés en rouleaux que les visiteurs peuvent acquérir. Ainsi la double valeur du bleu de Prusse (pharmacologique et artistique) est préservée tout au long de la chaîne, les rouleaux contenant autant une molécule qu'une édition à tirage limité.




vue1
insoleuse boîte
casier
vue2
tirage